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Réflexions sur la traduction

Pourquoi avoir traduit le livret en français ?

Par Ingrid Brunstein

 

Nous avons longuement réfléchi avant d’arriver à cette décision. Certes, il y aurait eu la solution classique de jouer l’opéra en allemand, la langue d’origine, tout en projetant la traduction française sur écran. Différents arguments nous ont convaincus que cette solution n’était pas la bonne.

* Ecouter l’opéra dans sa langue maternelle permet une compréhension plus intime du texte chanté.

* L’écoute de « L’Empereur d’Atlantis » est musicalement exigeante. Un jeune public, qui pour la plupart n’a jamais été à l’opéra, trouvera difficile de se concentrer en même temps sur la musique, la mise en scène et la traduction qui se déroulerait à l’écran

* Le sujet et son contexte sont d’une gravité extrême. Les élèves en ont conscience car ils auront préparé cet événement à l’école. En outre, la visite du Camp des Milles aura directement précédé la représentation. Leur écoute est donc par définition chargée d’une émotion forte. Comment imaginer qu’ils puissent entendre un texte dans une langue incompréhensible, lire sa traduction sur l’écran et gérer leur émotion ? Trop de compétences culturelles, mentales et émotionnelles seraient mobilisées en même temps.

 

Alors comment traduire ? Plutôt une transposition poétique et assez libre ou une traduction littérale ? De toute façon, traduire c’est interpréter. Entre le texte de départ et le texte d’arrivée se trouve toujours la question de ce qu’on veut dire, à qui et pourquoi ? Il s’agit bien dans notre cas d’un projet pédagogique : faire comprendre la Shoah. Il m’a alors semblé que la fidélité aux mots d’origine est de la plus haute importance. Pour le compositeur, Victor Ullmann, et pour l’auteur du livret, Peter Kien, il s’agit en vérité d’une question de vie ou de mort. Dans ma compréhension, la traduction s’accompagne alors une exigence éthique : elle n’admet pas la recherche d’une « belle » transposition. Je suis restée proche, très proche du texte allemand.

 

Restent deux difficultés que je n’ai pas toujours su résoudre. La première est liée au système linguistique. En allemand l’accent tonique se trouve sur la première syllabe (Danke) et en français sur la dernière (merci) ce qui influence fortement et en permanence l’accentuation musicale. Un vrai casse-tête ! - La deuxième est plus profonde : Ullmann introduit des mélodies douces, des berceuses connues de chaque allemand, et Kiene leur attribue un texte sarcastique. Emotionnellement, l’auditeur allemand saisit les deux et comprend leur signification simultanée etprofonde. Le français n’a pas les mêmes références socio-culturelles. Impossible de traduire cette superposition douce-amère et vivement-mortifère en français. - La traduction rend humble !

 

Ingrid Brunstein

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